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Le récit de ma traversée.

30 Septembre 2013 , Rédigé par Thierry Corbalan

Cette année je me suis engagé en tant que messager pour l’association Valin Cap qui organise une manifestation du 20 au 22 septembre pour l’intégration du handicap. Ma mission sera de rejoindre Propriano à la nage au départ d’Ajaccio. Trois autres messagers rejoindront le golf de Valinco, Frank Bruno et Jérôme Tant, amputés tibial et fémoral en vélo et en 5 étapes au départ du Cap Corse, Joe Kals paraplégique partira de Bonifacio à l’aide de ses béquilles.

Le kayak de Patrick chargé sur la voiture, nous partons en direction de la plage de Barbicaggia, lieu de départ de cette longue aventure. Sur place à 06h20 des amis nous attendent, Estelle, François, Louis venus de Propriano, Claude de Trova près d’Ajaccio, Françoise et Richard n’ont eu que quelques centaines de mètres à faire. Au même moment la vedette de la gendarmerie maritime quitte sa base pour nous rejoindre et assurer la sécurité avec à son bord, Laurent le deuxième kayakiste. Mon ami Jean Pierre quitte le port Tino Rossi sur son yacht Bavaria, accompagné de son épouse Nathalie et mes amis Daniel, Joseph et Armand.

Les deux bateaux sont arrivés à quelques centaines de mètres de la plage, Laurent quitte la Gravona P610 et nous rejoint en quelques coups de pagaie. Je donne un dernier bisou à Patricia en lui soufflant ne t'inquiète pas on se retrouve à Propriano. Patrick m'aide à m'équiper puis va chercher son kayak resté sur la plage. L'équipe est au complet, le départ est donné à 07h10. La mer est quelque peu agitée mais rien d'inquiétant à première vue. Laurent traîne un leurre qui me servira de guide, un rétroviseur installé sur son kayak lui permet de me localiser et régler sa vitesse. A peine une centaine de mètres parcourue que je ressens une violente brûlure sur le nez et la lèvre, la visibilité n'est pas encore maximale et les méduses sont bien présentes !!! Je vais devoir être vigilant et durant 45' je vais passer mon temps à les éviter car la moindre brûlure importante pourrait m'obliger à m'arrêter. Je suis tellement concentré sur ces petites bêtes transparentes que je ne m'aperçois pas que les conditions se sont dégradées. La SNSM d'Ajaccio vient nous rejoindre avec leur semi rigide, cette présence est une sécurité supplémentaire et la couleur orange de l'embarcation me permet de les visualiser rapidement mais nous ne sommes pas toujours au même niveau car la houle atteint maintenant au moins 2 mètres. Ces vagues qui viennent de face ralentissent ma progression, je dois lutter pour avancer et les kayakistes doivent rester très vigilants dans cette mer hostile. Toutes les 45' Laurent stoppe sa progression pour me permettre de me ravitailler en boissons isotoniques. Ces pauses de soixante secondes sont très importantes pour éviter l'état de fatigue et l'apparition de crampes suite à un effort de longue durée. Nous approchons de Capu di Mauru qui annonce la fin du golfe d’Ajaccio, on m’avait prévenu cet endroit est très redouté par mer forte, ce qui est le cas aujourd’hui. Je lève la tête pour me situer, je ne vois pas Laurent et son kayak, mais une vague d’environ 3 mètres qui se dresse devant moi et mon ami tout en haut, il n’a pas l’air inquiet. Patrick contrôle bien la situation malgré son manque d’expérience dans la navigation extrême. La SNSM doit nous quitter car leur territoire de compétence vient d’atteindre sa limite, le bateau de Jean-Pierre a du retourner au port Tino Rossi suite à une avarie moteur. La gendarmerie maritime assure seule notre sécurité avec sa vedette et son semi rigide. Nous quittons le golfe et la houle s’inverse, elle est toujours aussi forte mais nous avons l’impression de surfer, la progression est ralentie par un fort courant de face, mes efforts ne sont pas récompensés je donne le maximum mais je progresse à moins de 3 km/h. Lors du ravitaillement de 6h45 de nage, je demande à mon binôme combien nous avons parcouru et sa réponse va me couper les jambes !!! 21 kms ? Elles sont lourdes, je n’avance pas et il reste au moins la même distance et les méduses sont de nouveau parmi nous, l’écume formée par les vagues les rend invisibles et augmente les chances de contact. Avant de m’équiper Patricia a posé sur ma poitrine mon amulette (une mèche de cheveux de mon amie Laura aujourd’hui disparue mais qui veille sur toutes mes traversées), elle était bien là car parcourir des dizaines de kilomètres au milieu de ces bêtes urticantes sans incident paraissait impossible. Un groupe d’apnéistes évolue au large des côtes et nous conseillent de nous rapprocher légèrement du rivage afin de rencontrer un courant moins important. Je suis en souffrance, ce qui ne m’arrive pas souvent il faut le reconnaître. Les autres messagers sont certainement arrivés, il ne manque plus que moi pour l’ouverture du Valincap, alors je dois aller chercher au fond de moi la force pour continuer et puis pour mes deux amis ce n’est pas une partie de plaisir non plus, cela fait 9h00 qu’ils pagaient dans des conditions peu confortables. Le courant semble se calmer, la houle aussi, nous approchons de Porto Pollo. Une dizaine de bateaux est venue à notre rencontre et nous accompagner pour les derniers kilomètres. Mon Colibri est là ainsi que deux des messagers, Frank et Jérôme. Il y a aussi Véro, Jean Michel, Patrick , Guy et bien d’autres… Patricia veut savoir comment je vais, je lui lâche : c’est dur. Elle n’a pas l’habitude de m’entendre me plaindre et cela va faire germer un peu d’inquiétude en elle. Mais j’aperçois au loin les habitations de Propriano et tous ces bateaux autour de moi me font oublier la fatigue. Le bateau de vision sous marine fait des allers retours et transporte pour les derniers mètres l’orchestre Teranga qui joue de ses percussions et me donne le rythme. J’atteins maintenant une vitesse de 5 km/h après 10h00 de nage, je commence à apercevoir les mâts des bateaux dans le port de plaisance, une digue le protège et elle est pleine de gens qui attendent le dernier messager. Je fais une pause devant eux pour les saluer tel un dauphin puis je me positionne entre les kayaks de mes deux amis pour une arrivée commune sur le quai où nous sommes attendus par un millier de personnes. Il est 19h15, le premier bisou sera comme toujours pour Patricia, le deuxième pour la personne qui m’a mis sur la voie du dépassement de soi, Frank Bruno…. Un accueil des plus chaleureux va suivre, et dommage que mes deux amis Laurent et Patrick n’aient pu y participer car il devaient repartir rapidement. Un grand merci à mes deux guides qui m’ont accompagné humblement.

Le récit de ma traversée.